Il existe deux formes de spiritualité. L’une conduit au salut ; l’autre à la perdition. Découvrez l’une et l’autre.
Prosper et Julien, deux histoires opposées
A la fin des années 50 et au début des années 60, je n’étais pas né, mais j’ai ouï conter que le Dahomey, plus tard dénommé le Bénin, à l’instar d’autres pays colonisés d’Afrique, devait changer de statut et devenir une république indépendante. Les Dahoméens devaient donc s’autogouverner, et par conséquent élire leurs dirigeants en leur propre sein.
Et combien funestes furent ces années, dans les périodes électorales où une seule distinction était possible, au sein de la population : les nordistes et les sudistes. A cause des élections, des affrontements violents avaient lieu, surtout dans le nord, entre les électeurs nordistes et ceux du sud qui étaient molestés en territoire étranger. Des enseignants d’origine sudiste étaient molestés par des élèves qui saisissaient ainsi l’occasion de se venger de leur maître, pour les coups qu’ils en avaient reçus. Et beaucoup d’autres formes de vindictes.
C’est dans ce contexte social que vécurent deux enseignants aux caractères opposés : Prosper et Julien.
Prosper était un jeune enseignant à la fois fougueux et dur, nouvellement sorti de l’école normale d’instituteurs et affecté dans le septentrion à son premier poste. Très coléreux, et fier de la toute-puissance de l’enseignant des temps jadis, vis-à-vis des élèves et de leurs parents, dont il disposait, Prosper ne se privait nullement d’user et d’abuser de son autorité, régnant en potentat et infligeant impunément des sévices corporels à ses apprenants.
A l’antipode de Prosper, Julien aimait ses élèves et les traitait avec beaucoup de respect. Bon sportif qu’il était, il réussit à s’allier la jeunesse de son collège. Il suscita chez ses jeunes élèves la passion du football, du basket, du ping-pong ou du volley-ball, tout en veillant à ce que l’amour du jeu ne les rendît point paresseux dans les autres matières scolaires. En un mot, Julien, par sa simplicité, son amour et son respect, avait réussi à devenir la coqueluche de tous ses élèves.
Et comme on pouvait logiquement s’y attendre, les élèves de Julien, dans les périodes électorales décrites ci-dessus, étaient pour lui un véritable bouclier contre leurs propres parents violents. Ils étaient prêts à sacrifier leur vie pour sauver celle de leur prof adoré.
Au contraire, les élèves de Prosper se proposaient comme éclaireurs à leurs parents pour les amener molester leur méchant maître. Bien sûr, ils évitaient de se faire remarquer par leur maître, afin de s’éviter sa vengeance aux temps post-électoraux.
Deux approches opposées de spiritualité

Ces deux exemples pour corroborer les deux approches de la vie spirituelle dont je voudrais vous parler.
Il y en a qui vont à la spiritualité à la recherche d’un certain pouvoir sur les esprits qu’ils pourront alors asservir à leurs viles et égoïstes causes. Ils vont à la chasse de rituels, tel le rituel du pentagramme du retour à la terre qui, d’après les rumeurs, leur offrirait la possibilité de se soustraire à leur croix. Alors qu’en vérité, il n’existe pas de véritable accomplissement sans l’acceptation et le port volontaire de sa croix.
Ceux-là sont à l’image de Prosper. Ils exercent leur dictature sur des esprits qui se soumettent, parce qu’ils y sont obligés (par les rituels et les formules). L’heure vient où leurs formules et rituels ne réussiront plus à les aider. Alors ils perdront tout et devront payer pour leurs forfaitures.
D’autres par contre acceptent de porter leur croix et de parcourir le Chemin de l’accomplissement en toute simplicité et humilité. Ils ne recherchent aucune formule. Ils ne font aucun rituel. Ils se contentent de se purifier, d’adoucir leur cœur, de grandir en Sagesse aux yeux de Dieu. Car ils savent qu’en conformant toute leur vie à la Volonté du Père Céleste, ils se feront les amis des Anges et de tous les esprits de la nature. Ceux-ci reconnaitront alors en chacun d’eux un Véritable Chef, Ils les serviront de leur propre chef, sans la moindre contrainte.
Ceux qui sont à l’image de Julien vivront heureux toute leur vie, grâce aux richesses intérieures qu’ils auront cultivées. Pendant que les autres à l’image de Prosper paieront cher pour leurs crimes contre la nature. Ils devront finir dans la misère et le dénuement.
A bon entendeur, salut !
On ne doit jamais aller à la vie spirituelle parce qu’on recherche du pouvoir et du confort. On ne doit pas non plus se servir de ses dons spirituels pour gagner de l’argent ou pour dominer ses frères.
L’unique but que doit poursuivre le disciple en quête d’accomplissement est à deux volets : il s’enrichit de biens éternels, afin de devenir apte à servir ses frères en tout désintéressement. Servir Dieu et servir ses frères, après s’être au préalable rendu prêt, c’est-à-dire maître de soi. Voilà le Véritable but que j’invite chacun à poursuivre avec courage et abnégation. (Lire aussi « Le mal et le bien, 2 forces complémentaires »)
Grégoire SOWADAN
