Les souvenirs de nos imperfections actuelles et passées ne peuvent que nous maintenir en humilité. Ne jamais les oublier.
Quelques souvenirs de mes frasques d’adolescence

Je me souviens qu’un jour, dans les années 90, alors que je dispensais des cours d’initiation à la musique à des enfants du Primaire, un enfant eut un écart de conduite. Et la phrase qui me vint à la bouche fut : « J’ai fait pire que ça, quand j’avais ton âge ». Surpris de m’entendre parler ainsi, un autre enfant de la classe prit la parole et dit : « C’est la première fois que j’entends un adulte reconnaître devant des enfants qu’il a lui aussi fait des bêtises. Tous les parents sont en général parfaits. »
Oui, des bêtises d’enfance et d’adolescence, Dieu sait que j’en ai fait. A tel point que, environ deux ans avant son décès en 2016, mon papa se confia à moi :
« Grégoire, tu es celui qui m’a le plus fait baver, de tous mes enfants. Tout le temps il fallait répondre à des convocations de tes enseignants, parce qu’ils n’étaient pas contents de mon fils Grégoire. Tu nous as causé tellement de soucis, à ta mère et moi. Alors je me demandais ce que tu deviendrais ».
Des bêtises d’adolescence de Grégoire, il y en a eu à foison. Je peux vous en conter deux.
En classe de 3è, je venais de perdre mon cahier de physique-chimie, en début du premier trimestre. C’était en fin 1984. Mon prof me surprit en train de prendre des notes sur des feuilles. Fâché, il me renvoya en m’ordonnant de ne plus remettre les pieds à son cours sans son cahier à jour.
Un élève docile aurait vite fait de se mettre à jour. Mais Grégoire, quant à lui, préféra ne plus suivre les cours de physique-Chimie. Le prof me traduisit en conseil de discipline, croyant me contraindre ce faisant à rectifier le tir, mais rien. Je restai têtu. Deux décennies plus tard, en 2006, je croisai ce prof à Abomey-Calavi, qui me reconnut et se souvint même de mon nom.
— « Que fais-tu maintenant ? me questionna-t-il.
— J’enseigne à SOS-Village d’enfants, ici à Calavi.
— Toi, tu enseignes ? Dieu merci ! Ce que tu m’as fait, d’autres te le feront vivre à ton tour, s’il plait à Dieu.
— Ils me le font vivre déjà. Je paie pour mes bêtises de jeunesse. Je vous demande pardon pour mes offenses du passé.
— C’est oublié », me rassura-t-il, après une bonne séance de rire, et chacun poursuivit sa route.
Le second cas remonte à 1988, classe de 1è au séminaire de Parakou. Dans ce lieu de rigueur et de discipline, il nous était interdit de consommer des mangues et autres fruits en dehors des heures de repas et en dehors du réfectoire. Cette loi était pour tout le monde, mais pas pour Grégoire. J’enfreignais allègrement le règlement, au vu de tous.
Un samedi matin, alors que je sortais du verger une mangue en main, que je dégustais avec délectation, je tombai sur le recteur. Surpris et apeuré, je poursuivis quand-même mon chemin en sa direction, et ce en continuant de savourer le fruit.
— Qu’est-ce que cela veut dire, Grégoire, me lança le recteur en courroux ?
— Mon père, je mangeais la mangue avant de vous voir. Si je la jette, parce que je vous ai vu, je ferais preuve d’hypocrisie. Or je ne suis pas hypocrite.
— Jette-la, ordonna-t-il.
— Je la jette par obéissance, mais c’est du gaspillage.
Il me toisa en secouant la tête, puis il poursuivit son chemin. Vous ne serez point étonnés d’apprendre qu’à la fin de cette année scolaire, je fus remercié. Bien sûr, pas pour ce fait là seulement. Et le recteur me conseilla alors : « Grégoire, sache que dans la vie, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. » Et au lieu de me taire sagement, je lui répliquai : « Je préfère ne pas être prêtre du tout, que d’être un prêtre hypocrite. »
Aujourd’hui, en toute honnêteté, je réalise que, si grand que fût l’amour que mes supérieurs pouvaient avoir pour moi, ils ne devaient pas me garder au séminaire. Je représentais vraiment une menace pour l’autorité. J’étais un mauvais exemple de discipline pour mes camarades, même si, indubitablement, j’étais d’une transparence admirable mais désarçonnant.
Néanmoins, je dois avouer que je ne regrette nullement mon passé. J’ai fait mon lot de bêtises. Je n’étais pas soumis, j’étais entêté.
La conscience des erreurs passées, un véritable atout.

Aujourd’hui, face à mes élèves qui font les mêmes erreurs que moi à leur âge, je me projette toujours dans le passé et cela me calme. Et faire cela, toutes les fois, m’a appris que l’adolescence est un âge très délicat où les enfants sont le plus enclins à l’insoumission, à l’entêtement, et surtout que l’éducateur, que je suis devenu, doit savoir faire une descente dans leur réalité. Ainsi seulement il pourra les comprendre et trouver la meilleure anse par laquelle les prendre afin de les mener à bon port.
Un élève du secondaire me dit un jour, devant ses camarades : « Monsieur, j’ai eu des profs avant vous, et j’en aurai d’autres après vous. Mais des profs comme vous, qui m’auront marqué comme vous l’avez fait, il n’y en a pas eu et il n’y en aura pas d’autres. Merci pour tout ce que vous nous donnez. Que Dieu vous bénisse. » Et à ma grande surprise, tous ses autres camarades acquiescèrent.
Les adolescents ont besoin d’éducateurs qui les comprennent et les aident à sortir la tête de la mare où leur jeune âge les plonge, et non d’éducateurs qui les prennent de haut, les jugeant sur la base de leurs bêtises passagères. (Lire aussi « Votre puissance est dans votre pensée. »)
Daigne le Père donner à chacun des parents ou éducateurs, que nous sommes, la force et la véritable pédagogie qui feront de nous des bienfaiteurs, et non des bourreaux, pour nos enfants.
Fait à Abomey-Calavi, le 26 avril 2018
Grégoire SOWADAN
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2 replies on “L’humilité, grâce aux souvenirs du passé”
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