Voici une mouche qui nous apprend à rêver, et à prendre des risques pour réaliser notre rêve.
L’histoire de la mouche

Il était une fois une petite mouche qui vivait avec sa famille dans une pomme moisie au pied d’un grand pommier. La petite mouche n’était jamais sortie bien loin de chez elle, car elle était heureuse auprès de sa famille. Il faut dire qu’il n’y avait jamais personne qui passait près de ce pommier, peut-être de temps en temps une fourmi ou deux qui étaient trop occupées à travailler pour prendre le temps de saluer la famille Mouche.
Par une belle journée d’été, la petite mouche se prélassait au soleil sur le haut de sa pomme pourrie en regardant les nuages bouger lentement dans le ciel bleu. Quand soudain « Flip ! Flap ! ». Ça alors, la petite mouche aurait juré entendre quelque chose.
Flip ! Flap ! C’était un magnifique papillon, elle n’en avait jamais vu de toute sa vie de mouche.
Le papillon était de toutes les couleurs ; ses ailes étaient immenses et dorées, parsemées de taches rouges, bleu turquoise et violettes. Chaque aile était ornée en son centre d’un large cercle noir intense, lui-même entouré de vert brillant.
La petite mouche n’en croyait pas ses yeux à facettes ; ce nouveau venu était tellement beau ! Elle ne pensait pas que des ailes pouvaient avoir des couleurs ; elle avait toujours pensé que tous les autres animaux volants de la terre possédaient des ailes comme les siennes, petites, fines et transparentes.
Le papillon lui adressa alors la parole : « Bonjour, dit-il, je crois que je me suis perdu sous ce pommier, pourriez-vous m’indiquer la direction de la forêt ? »
La petite mouche n’était certes jamais sortie de chez elle mais elle connaissait bien la direction de la forêt pour avoir souvent vu ses parents en prendre le chemin. Sans dire un mot, elle montra du doigt le chemin au papillon. Elle aurait bien voulu lui poser des tonnes de questions pour savoir comment il avait fait pour avoir des ailes si jolies, mais elle était tellement éblouie par la beauté du papillon qu’elle n’arrivait plus à parler.
Le papillon la remercia et s’en fût d’un vol léger en direction de la forêt.
La petite mouche ne conta rien de cette expérience à sa famille, et quelques jours passèrent. Cependant, elle n’arrivait pas à oublier le papillon. À vrai dire, elle y pensait sans cesse, du matin au soir, et même la nuit.
Comme elle se sentait laide quand elle pensait à lui, avec ses ailes d’or qui scintillaient sous le soleil d’été !
Alors un beau matin, elle décida de partir pour devenir un papillon. Elle prit tout naturellement le chemin vers la forêt.
Malheureusement, il n’est pas facile pour une petite mouche de devenir un papillon, c’est même impossible. Et elle s’en aperçut bien vite. Tous les animaux qu’elle croisait lui répétèrent la même chose : c’était impossible.
Alors elle pensa qu’elle pouvait trouver le moyen de devenir aussi belle que lui.
Elle était arrivée dans la forêt sans même s’en apercevoir.
Sur le bord d’un sentier, elle trouva un buisson de myrtilles. Elle en choisit une bien juteuse qu’elle écrasa sur ses ailes pour leur donner une teinte bleutée. Le résultat lui plut beaucoup ! Mais elle avait toujours l’image du papillon en tête, et une seule couleur, ce n’était pas assez ! Elle continua donc sa route.
Plus loin, quelques coquelicots choisis soigneusement lui servirent à ajouter un joli rouge vif sur le bord de ses ailes, qu’elle compléta avec du jaune d’or de différents pollens.
Pour le vert, elle se roula dans l’herbe fraîche. Toutes ces belles couleurs la rendaient heureuse, mais elles n’égalaient pas celles du papillon, il lui fallait autre chose.
Les heures passaient et la petite mouche trouvait sans cesse d’autres couleurs à ajouter. Du rose, du violet, de l’orange, du bleu foncé…
À la fin, ce n’était plus seulement ses ailes, mais aussi tout son corps et sa tête qui s’ornaient de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais il manquait un détail ; elle n’était pas pleinement satisfaite.
Puis elle se souvint du scintillement du papillon. C’était ça, il lui fallait une couleur qui brille, qui étincelle à la lumière !
Elle continua sa route et finit par arriver jusqu’à une jolie rivière. C’est ici que se trouvait ce qu’il lui fallait.
Sur la rive, elle pouvait distinguer des tonnes de petits cailloux. Les plus petits n’avaient pas la taille d’un grain de sel, et tous étaient argentés et brillaient de mille feux.
Toute contente, la petite mouche gagna la rive et se roula joyeusement dans la poussière argentée. Lorsqu’elle eut fini, elle était impatiente de voler au-dessus de la cime des arbres pour admirer le résultat en plein soleil, elle savait qu’il serait grandiose !
Mais… la petite mouche n’avait pas pensé un seul instant que le poids de toutes ces couleurs sur ses ailes fragiles deviendrait bien encombrant. Et au moment de s’envoler, elle perdit l’équilibre, tourbillonna, et plouf, tomba lourdement dans la rivière.
Heureusement elle ne se noya pas. Elle se réveilla allongée sur une feuille, des papillons se tenaient tout autour d’elle et la regardaient attentivement. Ils étaient très nombreux, et tous avec des ailes semblables au premier qu’elle avait rencontré quelques jours plus tôt.

Quelle ne fut pas sa déception quand elle vit que l’eau de la rivière avait enlevé toutes les jolies couleurs sur ses ailes ! Alors elle se mit à pleurer.
– Pourquoi pleures-tu ? demanda un des papillons. Nous t’avons sauvée de la noyade, tu ne risques plus rien maintenant.
– Mes ailes ont perdu toutes leurs belles couleurs, expliqua la petite mouche, je suis si triste !
Le papillon parut très surpris, il semblait ne pas comprendre.
– Mais, dit-il, tes ailes sont magnifiques, nous n’en avons jamais vu de pareilles ! Et beaucoup d’entre- nous aimeraient avoir les mêmes. Regarde comme la lumière passe au travers, elles sont si fines et élégantes qu’elles semblent invisibles ! Nos ailes à nous sont opaques et lourdes, et on ne sait jamais vraiment comment les mettre quand on ne s’en sert pas ! Et pour dormir, elles ne sont pas pratiques, il faut sans cesse faire attention à ne pas les froisser, car elles sont fragiles. Ah, vraiment je t’envie !
La petite mouche regarda alors ses ailes dans lesquelles le soleil se reflétait. La lumière qui passait au travers était déviée et formait des multitudes de petits dessins géométriques à côté d’elle. Les dessins changeaient de forme lorsqu’elle battait des ailes. Elle fût contente de ne pas avoir les ailes lourdes et encombrantes des papillons, et elle avait compris que ses ailes à elle étaient aussi magnifiques, mais d’une beauté différente de celle des papillons.
Et c’est le cœur léger qu’elle rentra chez elle retrouver sa famille. Non seulement elle était heureuse d’être une petite mouche, mais elle avait aussi découvert le monde. Elle se promit de sortir plus souvent de chez elle pour découvrir encore de nouvelles choses, et elle devint très amie avec les papillons…
Auteur inconnu
Une leçon capitale à retenir de l’histoire :
En publiant cette belle anecdote, j’étais convaincu du caractère évident de la leçon qu’elle véhicule. Hélas, les commentaires que j’ai reçus inbox des uns et des autres m’ont montré que je me suis trompé. Tous sont passés à côté.
Je vous présente quelques-uns de ces commentaires, sans bien sûr en préciser les sources. Je cite :
– « C’est pourquoi il est bien de se contenter de ce qu’on a. »
– « L’homme fera l’effort de se contenter de ce qu’il est et de ce qu’il a. »
– « Que Dieu nous éclaire afin que nous nous contentions et soyons fiers de ce qu’il nous a donné ».
Je m’en arrête à ces trois commentaires qui expriment tous une même idée : Savoir se contenter de ce qu’on a ou de ce qu’on est.
Et pourtant, à mon humble avis, la leçon à tirer de cette histoire est tout à fait à l’opposé de cette idée.
En effet, nous sommes au départ en présence d’une mouche naïve, à l’aise dans sa zone de confort que constitue pour elle le cocon familial.
Cet enfant mouche, comme c’est bien le fort des enfants, tombe en admiration, pour ne pas dire en extase, devant la sublime beauté d’un papillon et nourrit le rêve naïf de devenir un papillon.
Obéissant à l’impulsion à elle donnée par son rêve de devenir un papillon, la mouche quitte sa zone de confort et part en aventure. Elle fait une suite d’expériences qu’elle a vécues comme heureuses, mais qui finissent par lui laisser une sensation d’échec.
Et c’est en ce triste moment qu’intervient la Providence, sous la forme des papillons, pour lui enseigner la leçon capitale à laquelle sa quête, en apparence stupide, l’a conduite.
L’anecdote précise qu’elle est retournée chez ses parents non pas comme un papillon, mais comme une mouche plus mature, désormais consciente que sa différence est une richesse de plus dans la nature, une mouche riche des nombreuses connaissances que son audace lui a apportées.
Tout ceci dit, cette histoire emplie de sagesse encourage chacun de nous à n’avoir pas peur de quitter notre zone de confort pour explorer de nouveaux horizons, si nous voulons évoluer dans la vie.
La peur de l’inconnu et l’attachement à notre zone de confort nous empêchent souvent d’avoir des rêves, et surtout de nous mettre en quête de leur réalisation.
Car, aucun rêve, quelque irréaliste qu’il puisse paraître aux yeux des autres, ne laisse le rêveur statique, s’il a l’audace d’aller à sa quête.
La mouche nous enseigne donc le courage de quitter notre zone de confort pour d’autres horizons, condition sine qua non de notre accomplissement. (Lire aussi cette histoire inspirante de nouilles et d’œufs)
Voilà mon partage.
Grégoire SOWADAN
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