Avez-vous un impact positif sur les autres?

Morale et Société
Quel impact positif sur les autres?
SOMMAIRE

Dans la vie, il est important, avant de poser tout acte, de s’assurer au préalable de son impact positif sur les autres.

Un Grégoire au franc-parler qui peut déranger parfois.

Le franc-parler ne doit pas être condamné mais encouragé.
Le franc-parler doit être toujours encouragé chez nos apprenants.

Vous savez désormais, je l’espère, que j’ai un franc-parler qui peut déranger par moments. Cela n’empêche pas que mes relations avec les uns et les autres se déroulent dans la bonne entente, la bonne ambiance. Car, en dépit des chocs que mes manières peuvent provoquer, mes proches savent toujours par intuition que je suis animé de bonnes intentions, et ne doutent jamais de ma franchise, de mon honnêteté. Et ils savent aussi intérieurement que ces valeurs font l’homme bien et l’ami véritable.

Ma vie au séminaire se passait en toute simplicité. Les appréciations qui figuraient en général sur mes bulletins étaient : « Élève turbulent. Élève trop bavard, intelligent mais paresseux, etc. ».

De la désinvolture et défaut de charité dans les jugements prononcés, quand on veut renvoyer quelqu’un du séminaire

Ma note de conduite n’était pas la meilleure, mais elle n’était pas non plus alarmante. Jusqu’au jour où, suite à certaines interventions que j’eus en assemblée, les prêtres responsables du séminaire décidassent de mon renvoi. Et que n’eussé-je pas lu sur mon bulletin de notes, ce bout de papier qui seul pouvait m’ouvrir les portes d’un autre établissement pour la poursuite de ma formation scolaire. Je lus les appréciations que voici et qui sont gravées dans ma mémoire à jamais. Je cite.

« Conduite ayant beaucoup laissé à désirer :

— Élève turbulent en général ;

— Manque de mesure dans ses interventions et insolence vis-à-vis de ses éducateurs ;

— Influence négative sur ses camarades et mauvais esprit. »

Quand, après quelques semaines chez moi au village, je pris connaissance de ces appréciations, mon cœur fut rempli d’amertume. Était-ce de moi qu’on parlait en des termes aussi avilissants ?

A vrai dire, je devais m’y attendre. Car, à la veille des vacances où mon renvoi me fut annoncé, je fus mis au courant qu’un mauvais esprit rôdait dans la maison, que j’étais la porte par laquelle il était passé et qu’il fallait d’urgence faire sauter.

Je tempêtai, fis beaucoup de bruit en bon SOWADAN. Et surtout, je fis comprendre à ces autorités que le démon était bien dans leur camp, et non de mon côté, preuves à l’appui.

Permettez-moi de ne pas revenir sur ces faits peu honorables. Car mon but en parlant de cette histoire n’est guère de me justifier ni de me venger, mais de nous éviter de commettre par ignorance certaines erreurs qui peuvent s’avérer graves.

Un manque total de charité qui peut détruire la vie d’un jeune homme.

Quand j’entrai en possession de mon bulletin, je me rendis de Dogbo à Porto-Novo, chez le recteur, pour lui demander de me délivrer un bulletin qui me faciliterait la poursuite de mes études. Il promit de le faire, mais ses promesses restèrent sans lendemain, des paroles en l’air. Heureusement, Dieu veillant sur son fils, je fus accepté malgré ce bulletin, bien sûr après moult discussion du conseil au sujet de mon cas.

J’aurais pu me retrouver dans l’incapacité de poursuivre mes études par leur faute, commise à dessein ou par négligence, je ne saurais le dire. Et des bouches profèreraient plus tard que tous ceux qui sortent du séminaire sont comme maudits et échouent dans la vie. De vraies mauvaises langues.

Tout cela se passait en 1988.

De bonnes leçons tirées de mes dures expériences du séminaire : la conscience d’avoir toujours un impact positif sur mes apprenants.

Un enseignant doit toujours se soucier d'avoir un impact positif sur ses élèves
la classe d’un enseignant qui a le souci d’avoir un impact positif est toujours joyeuse.

L’eau coula sous les ponts, et je me retrouvai en 2004. Pendant 7 années scolaires passées à l’Ecole Secondaire des Métiers d’arts, à SOS-Village d’enfants d’Abomey-Calavi, je pris part, en tant que professeur, à nos conseils, et je réalisai à quel point des professeurs peuvent être désinvoltes, lorsqu’ils doivent juger de la conduite des enfants confiés à leurs soins. J’eus parfois l’impression que ces conseils étaient des occasions pour les plus forts, que nous étions, de se venger des plus faibles qu’étaient nos élèves. Nous ne mesurions pas toujours l’impact psychologique que pouvaient avoir nos verdicts prononcés sans pitié sur ces élèves.

  • Ce sont des enfants imparfaits, qui sont devenus nos élèves parce qu’ils ont besoin d’apprendre. Et quiconque est en situation d’apprentissage commet toujours des erreurs, sinon il ne serait pas élève.
  • Un professeur de maths, par exemple, n’est pas que prof de maths. Il est aussi un éducateur pour l’enfant placé sous sa conduite. Et si cet enfant se conduit mal, c’est aussi sa faute.
  • Pour justifier cette dernière affirmation, je vous apprends que, de même que votre conduite varie en fonction de celui que vous avez en face (vous aimez certains et n’aimez pas d’autres, respectez certains et manquez de respect à d’autres), de même, les autres se conduisent envers vous en fonction de vous-même.
  • Et le prof qui n’inspire pas le respect à ses élèves, ses élèves ne le respecteront pas. Mieux, la responsabilité de la mauvaise conduite des élèves incombe essentiellement à leurs éducateurs qui ignorent par quel bout les prendre. Si vous en doutez, alors expliquez-moi pourquoi les mêmes élèves respectent, aiment et se conduisent très bien avec un professeur, alors que face à un autre professeur, ils ont une attitude tout à fait contraire.

En conclusion, quand nous voulons ouvrir la bouche pour parler de quelqu’un, assurons-nous que nous avons toutes les preuves de nos allégations. Et même dans ce cas, souvenons-nous qu’il nous arrive à nous-mêmes de faire des erreurs, et que dans la circonstance, nous préférerions être traités avec tolérance et douceur. Or, nous devons nous-mêmes d’abord commencer par faire aux autres ce que nous aimerions qu’ils nous fassent. Educateurs ou éduqués, ou encore acteurs dans quelque secteur de la vie de tous les jours. (Lisez aussi « L’humilité grâce aux souvenirs du passé »)

Fait à Abomey-Calavi, le 26 avril 2018

Grégoire SOWADAN

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