Spiritualité et Religion, qu’est-ce qui les oppose ? Jésus n’a créé aucune religion. Il a enseigné l’adoration intérieure, c’est-à-dire la spiritualité, nous montre Grégoire SOWADAN dans cet article.
Spiritualité et religion, Keylor contre Florence
Petite intoduction
Bonjour chers amis.
Je voudrais, ce matin, inviter ceux d’entre vous qui ne l’avaient pas encore lu, à découvrir en le méditant, et ceux qui le connaissaient déjà à le re-découvrir, ce texte très parlant et instructif. Je l’ai écrit en commentaire à un post de mon ami Toundé Moses, que vous trouverez juste après. Bonne méditation à tous.
Cher Toundé Moses, merci beaucoup pour ce beau texte à l’allure philosophique que tu nous as donné de déguster. Je t’assure qu’il m’a été particulièrement savoureux. Merci infiniment.
Je voudrais néanmoins apporter mon grain de sel à cette sauce délicieuse.
Comprendre ce qu’est un vrai chrétien : Florence et non Keylor.

Tu opposes ici le personnage du jeune Keylor à celui de sa Prof de philo Mme Florence. J’ai retenu, et je crois ne pas me tromper, que Keylor représente la multitude de chrétiens et autres croyants dont la pensée et la vision ont été totalement altérées par les dogmes de la religion, quelle que soit cette dernière. Car, ne nous leurrons plus, toute religion est fondée sur un lot de dogmes qui varient d’une religion à une autre, et qui constituent en réalité les causes des conflits entre les religions dans le monde.
Je les définirais, moi, comme des inventions créées de toutes pièces par des hommes assoiffés de pouvoir religieux, afin de maintenir leurs ouailles dans une soumission totale, consentante et aveugle, dans la crédulité.
Mme Florence est, par contre, le symbole de ceux qui cherchent Dieu en esprit et en vérité, et qui finissent par faire l’expérience qu’ils sont eux-mêmes le Temple de Dieu, le Temple de l’Esprit et n’ont cure d’aller Le chercher en dehors d’eux-mêmes.
On voit un Keylor troublé par les propos de Mme Florence, comme tout chrétien passionné le serait en lisant ce texte. Mais en me référant à ce que dit Epictète, ce qui les trouble n’est pas le lot d’affirmations évidentes sorties de la bouche de la prof de philo, mais l’attitude hélas généralisée qu’on peut aisément constater, chez la plupart, de ne pas prendre sur soi de réfléchir par soi-même, et hors les dogmes, à tout ce qui leur est délivré comme enseignement.
À y voir de près, Keylor se réclame chrétien à cor et à cri, mais il n’est pas chrétien. Car en vérité, le vrai chrétien n’est point celui qui crie « Seigneur, Seigneur » et ne met pas en pratique ce que recommande ce Seigneur. Non.
Le vrai chrétien, c’est celui qui n’éprouve pas le besoin de crier « Seigneur, Seigneur », mais s’oblige chaque instant à vivre conformément à sa volonté et à ses recommandations.
Et quand je me permets d’établir une petite comparaison entre Keylor et Florence, il me semble évident que, des deux, le chrétien n’est pas Keylor qui se réclame tel, mais Florence qui s’ignore chrétienne.
La spiritualité enseignée par Jésus
Vous en doutez peut-être ? Si c’est le cas, permettez que je vous rappelle certains propos forts de Jésus-Christ dont se réclament théoriquement les chrétiens. Je cite :
1– Quand vous voulez prier, ne faites pas comme les pharisiens qui vont se mettre debout dans les synagogues… Ils reçoivent déjà leur récompense. Vous, quand vous voulez prier, entrez dans votre chambre secrète, et dans le lieu secret, adressez-vous à votre Père, et Il vous entendra.
2– L’heure vient, et c’est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité. Car Dieu est esprit, et ses vrais adorateurs ne l’adoreront qu’en esprit et en vérité.
3– Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu.
4– Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde. Si vous ne pardonnez pas à vos frères leurs manquements, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus les vôtres.
5– Celui qui m’aime gardera ma parole. Mon Père l’aimera. Nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure.
(Fin de citations).
Jésus a enseigné la Spiritualité. Pas la Religion.
Une bonne analyse de ces propos christiques nous révèle qu’en vérité, le Chemin révélé par Jésus est celui de l’adoration intérieure, donc de la Spiritualité, et non celui de la religion.
Autrement dit, Jésus n’a jamais institué de religion. Il invite avec insistance chacun à chercher et trouver Dieu en Lui. Ou avez-vous oublié ses autres propos : « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous » ?
Vous comprenez donc que la première des choses que ferait un véritable et sincère disciple du Christ, ce serait de se détourner de l’extérieur pour se tourner vers son intérieur, là où il trouvera Dieu en vérité.
Or, il me semble évident que, de nos deux protagonistes, celui qui se montre digne du Christ, c’est Florence et non Keylor.
J’ai beaucoup aimé ton texte, cher Toundé Moses, car il rappelle les profondes vérités laissées par Jésus-Christ en héritage à l’humanité, mais dont les religions ont œuvré et œuvrent encore à l’éloigner.
Et le plus étonnant, le plus impressionnant, c’est le culot de le faire en Son Saint Nom, c’est de le faire au Nom de Jésus-Christ de Nazareth. (Lire aussi « Jésus veut sauver le monde, les églises l’n empêchent »)
Grégoire SOWADAN
Le Texte de Toundé Moses
Et voici le texte posté par Toundé Moses
La religion à la lumière de la raison
« Mme FLORENCE alias « niveau universitaire »…

Il y eut au cours de mes années au collège, une prof de philosophie pour laquelle j’avais une admiration particulière, Mme Florence, une femme qui me sidérait par sa capacité à réveiller et élever nos esprits vers les cimes de la critique et de la réflexion… D’ailleurs, on la surnommait affectueusement « niveau universitaire », en raison de ses interventions de haute volée.
Au début, Keylor n’aimait pas trop Mme Florence. Je pense même qu’il la détestait un peu, vu qu’elle partait souvent en guerre ouverte contre la religion, à laquelle elle préférait de loin une forme de sagesse … Il arrivait d’ailleurs que naisse entre l’enseignante et l’enseigné une sorte de confrontation sur la religion chrétienne. Sans grande surprise, la première battait le second à plate couture, le renvoyant dans les cordes, au grand dam des nombreux esprits religieux de la salle :
— Mme, je peux comprendre que vous n’appréciiez pas les religions, mais ne pensez-vous pas que sans leur présence dans le monde, notre société serait pire ?
— Selon vous, en quoi la rendent-elles meilleure ?
— Je pars du constat que les religions et les croyances participent à conscientiser ceux qui y adhèrent.
— Veuillez préciser votre pensée.
— Je me dis toujours que certains seraient plus portés vers l’expression de la mauvaise nature humaine, s’ils ne se voyaient rappeler à leur bonne conscience, les vertus et les normes de morale universelle prônées par la plupart des religions.
— De quelle religion êtes-vous Keylor ?
— Chrétienne…
— Pensez-vous que cela fasse de vous une meilleure personne ?
— Je ne sais pas, mais je me dis que ça devrait être le cas.
— J’aime bien votre réponse. Elle dénote d’une remise en cause que doit s’imposer tout esprit cartésien. Mais passons !
— ???
— Pour votre gouverne, je ne suis pas athée. Je crois donc, moi aussi, en Dieu, mais j’évite de cultiver un esprit religieux. Je n’ai pas de religion. Ma question est celle-ci : Pensez-vous que cela fasse de moi une mauvaise personne ?
— Non, absolument pas !
— D’où vient-il alors que les religions ou autres croyances nous rendraient meilleurs ?
— ???
— À mon avis, seule la culture des principes universels de vie nous rend meilleurs. Les religions, c’est tout le contraire. Généralement elles nous limitent et surtout nous abrutissent.
— Mais reconnaissez, Mme, que les principes universels de vie que vous évoquez sont repris et promus par la plupart des religions !
— Sauf qu’elles ne se limitent pas là… Souvent, elles en rajoutent. Je doute que vous puissiez me prouver le contraire. Les déviances observées ça et là au nom de la religion n’en sont que trop les preuves.
— Il est vrai que toutes les religions ont leurs codes et leurs dogmes, et qu’on ne peut maitriser l’interprétation que les hommes en font. L’homme étant selon une célèbre pensée philosophique, « un être ondoyant », il est difficile de cerner l’usage qu’il fera des dogmes.
— Que voulez-vous dire ?
— Je veux dire que ce ne sont donc pas les religions qui sont à blâmer. Ce sont plutôt les hommes qui la déforment qu’il faudrait blâmer.
— Voulez-vous dire que ce sont les hommes qui déforment la religion et non la religion qui les déforme ?
— Exactement Mme Florence !
— Keylor, laissez-moi vous dire que j’apprécie beaucoup votre sens critique. Il est rare de rencontrer des élèves à l’esprit aussi aiguisé que le vôtre. Vous m’épatez vraiment. Et je le dis sincèrement. N’empêche, je me dois de vous faire remarquer que vous entretenez un amalgame entre le pouvoir destructeur de l’homme et celui de la religion. Rappelez-moi, si vous voulez bien, ce que disait Rousseau au sujet de l’homme.
— « L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt. »
— Pour paraphraser un peu le même auteur, ne pensez-vous pas que : « L’homme naît bon, mais que c’est la religion qui le corrompt ? »
— Je pense que c’est vrai dans les deux sens. D’abord, quelle preuve avons-nous que l’homme naît bon ? répliqua Keylor qui ne comptait pas démordre.
— Nous avons la preuve que l’homme naît bon, parce qu’un enfant vient au monde, a priori, avec un cœur neutre. Il ne se laissera transformer par la suite que par l’influence des pratiques ayant cours dans son environnement de naissance. C’est déjà la preuve qu’il naît bon, et que seul son environnement lui inculque les valeurs qui deviennent les siennes. Ai-je raison ou tort ?
— Bon, je pense que sur ce point, vous semblez avoir raison.
— Et si j’ai raison sur ce point, c’est qu’à défaut d’être parfaite, ma réflexion n’est pas dénuée de sens.
— …
La religion crée des liens de dépendance
— Je vais vous dire ce que je pense de la religion. Vous avez raison sur un point. Dans leur mission à fonder des communautés et à leur inculquer des règles s’inspirant des principes universels de la vie, les offices religieux s’assimilent à des centres sociaux et des centres psychiatriques. Ça au moins, c’est à mettre à leur actif, ironisa-t-elle. Mais il ne faut pas perdre de vue la dépendance qu’elles créent vis-à-vis de leurs adaptes.
— Une dépendance ?
— Oui Keylor, une dépendance qu’on subit sans même s’en rendre compte. Les religions et les croyances créent une attente de l’homme vers Dieu. Cela signifie que de nos jours, les croyances sont plus motivées par le besoin de subsistance. La plupart des gens adhèrent à une religion, un peu comme les candidats à l’immigration se jettent à la mer. On le fait, non pas parce qu’on y croit vraiment, mais parce qu’on espère quelque chose en retour.
— ???
— En réalité, beaucoup prieraient moins Dieu ou leurs ancêtres si, comme ailleurs, le minimum de confort pour lequel ils implorent le ciel leur était garanti. La foi de plusieurs est liée à leurs besoins. La croyance de plusieurs ne se justifie autrement que par l’espoir du gain que leur procurerait leur culte. C’est pareil pour le service de plusieurs leaders religieux. Il y en aurait moins si nous n’avions si faim en Afrique. Et je n’évoque même pas encore les multiples manipulations naissant d’une telle situation, ajouta Mme Florence.
Inutile de préciser l’effet dévastateur que produisit la chute de la réflexion de l’enseignante sur Keylor, son challenger du jour. Comme pour ne rien arranger et enfoncer le clou, c’est le moment que choisit quelqu’un pour crier du fond de la salle : « C’est un enfant de pasteur Mme » ; une phrase dont le timing plongea une partie de la salle dans une grande hilarité.
— Ah, en voilà une précision ! Sans vouloir vous offenser Keylor, je comprends mieux maintenant votre obsession à défendre les religions.
— Pas toutes les religions Mme. Je suis chrétien, se défendit Keylor, comme pour dominer l’agacement que tout ceci suscitait en lui.
— Vous défendez donc spécifiquement les dogmes chrétiens ?
— Non Mme, Je suis chrétien évangélique.
— Rassurez-vous, je l’ai compris depuis tout à l’heure.
— Ce que je veux dire, c’est que chez nous, nous n’entretenons pas de dogmes. Seul le contenu de la bible compte. C’est l’une des grandes différences avec les autres courants du christianisme.
Des contradictions internes de la Bible

— Là encore, je peux vous démontrer que vous avez tout faux. En interrogeant les faits saillants de la vie de Jésus, la figure de proue et inspirateur du christianisme, vous vous rendrez vite compte de certaines incohérences.
— Lesquelles par exemple Mme ?
— Eh bien, ce que je m’apprête à vous révéler vous surprendra certainement, parce que bon nombre de personnes n’y prêtent pas attention. Si l’on s’en tient au découpage établi par le calendrier romain, la semaine compte combien de jours ?
— Sept jours Mme.
— Alors, êtes-vous d’accord qu’en faisant allusion à son corps, sa mort et sa résurrection, Jésus affirma à l’attention des juifs incrédules : « détruisez ce temple et je le reconstruirai en trois jours » ?
— Bien-sûr Mme.
— Étant mort selon le calendrier romain, à un jour équivalent au vendredi soir, à quel jour de la semaine devrait correspondre sa résurrection ?
— Au dimanche bien évidemment Mme, répondîmes-nous presqu’en chœur.
— Désolée de vous décevoir, mais voilà une réponse qui me semble erronée, s’amusa l’enseignante.
— Mais voyons Mme, où voulez-vous en venir ?
— Comme vous semblez ne pas me croire, faisons donc le décompte ensemble. Du vendredi soir au samedi soir compterait pour combien de temps ?
— Vingt-quatre heures…
— Vingt-quatre heures, donc un jour, n’est-ce-pas ? Sur cette base, le deuxième jour irait donc du samedi soir au dimanche soir, n’est-ce pas ?
— …
— Le troisième et dernier jour, au lundi soir. Sommes-nous en accord avec ce décompte ?
— Oui, bredouilla Keylor, le visage marqué par la surprise de ce qui allait suivre.
— En suivant le découpage du calendrier romain, d’où vient-il alors que la résurrection du Christ doive se commémorer le dimanche matin et non le lundi soir ? Si pour vous, ça ce n’est pas un dogme, c’est quoi alors ?
— Autrement dit, la Pâques se commémorerait donc au mauvais moment ?
— Oui, sans l’ombre d’un doute. Mais on pourrait aussi conclure que le découpage du calendrier romain décrédibilise ce pan du récit du nouveau testament. Tout dépend du côté où l’on se place.
Mais Mme Florence était à peine plus tendre, quand elle évoquait les cultes traditionnels dont elle aimait s’attaquer aux fondamentaux : « Lorsque nous étions enfants, nous aimions nous amuser à demander à nos grands-parents endormis des bonbons ou des biscuits. En réalité, c’était pour jouer, puisque nous étions conscients que tant qu’ils dormaient, nos demandes ne pouvaient aboutir.
Le sommeil étant une mort partielle, d’où vient-il donc que les ancêtres pourraient nous assister maintenant qu’ils sont morts ? À quoi peuvent être utiles les morts, si de leurs vivants ils n’ont rien pu faire pour vous ? Ceux qui s’adonnent aux cultes des morts ne vivent pas leur spiritualité, ils la subissent. Ils disent faire des choses, se livrer à des pratiques auxquelles les ancêtres se seraient toujours livrés sans tout y comprendre. Ils font des choses parce que d’autres avant eux les ont toujours faites. Ce sont des esclaves du passé, des esclaves de l’histoire et non des esclaves affranchis.
C’était la première fois que je suivais un tel développement aussi bouleversant que pertinent, Keylor aussi d’ailleurs, lui qui, ce jour-là, sortit visiblement vaincu de l’arène de confrontation d’idées avec Mme Florence. Vaincus mais repus et presque conquis, c’est ainsi que nous sortions souvent de ces moments de riches échanges avec la prof de philo dont la méthode de persuasion paraissait presque infaillible, tant elle marquait nos esprits.
(Extrait d’un texte inédit)
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