De la Solidarité africaine?

Morale et Société
De la Solidarité africaine?
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Doit-on, au nom de la solidarité africaine, vivre comme un parasite aux dépens des autres ? découvrez la réponse de Grégoire SOWADAN

Une histoire qui dénonce la notion de solidarité africaine

J’étais en classe de 5è, en 1982, quand j’entendis, pour la première fois, le feu évêque de Lokossa, Robert Sastre, nous conter cette histoire.

Une dame se présenta chez lui un matin pour lui demander l’aumône. Elle portait un enfant (ou peut-être deux, vu la longueur de sa grossesse) dans le ventre, un second à califourchon sur le dos, et deux autres dans les bras. Elle espérait sûrement émouvoir l’évêque et lui soutirer quelques sous.

Mais à sa grande surprise, l’évêque lui demanda si elle était la mère de tous ces enfants, et elle répondit oui. Alors il lui demanda pourquoi elle en faisait autant, alors qu’elle était incapable de les nourrir ? Et sans la moindre hésitation, elle répondit à l’évêque qu’elle faisait son devoir de procréer, Dieu s’occuperait de les nourrir.

Choqué par cette réflexion, si j’ai bonne mémoire, Robert Sastre refusa de lui venir en aide.

Je sais que nombre de gens reconnaitront cette histoire que l’évêque aimait tant raconter dans ses prêches afin de mettre en lumière cette tare de faire des enfants pour que d’autres s’en occupent ensuite, par devoir moral.

Nul ne doit porter votre fardeau à votre place, même pas au nom de la solidarité africaine.

Solidarité africaine à ne pas confondre avec parasitisme
Solidarité africaine n’est pas profit ou parasitisme

Un jour de 2004, je rendis visite à la fille aînée de mon père, et elle me dit : « Oncle (je suis l’oncle de ses enfants), j’ai appris avec joie que tu viens de louer un nouvel appartement, et que tu as un nouvel emploi. Je m’en réjouis parce que désormais, je peux compter sur toi pour porter avec moi la charge trop lourde de mes enfants. N’est-ce pas ? »

Je ris un bon coup, puis je lui tins ce discours : « Ma sœur, sais-tu que, comme toi, je dispose de l’appareil qui crée ce genre de charge ? Si je n’ai pas d’enfants, c’est entre autres raisons parce que je ne veux pas de charge. Pourquoi donc devrais-je porter la tienne à ta place ? Assume tes responsabilités, au lieu de vouloir qu’un autre les assume à ta place »

Elle fut choquée par mon discours. Mais elle ne revint plus jamais à la charge.

Mes échanges avec mon frère au sujet de solidarité africaine

En 1999, j’échangeais avec un frère. Je ne me souviens pas de comment nous avons atterri sur le sujet, mais je me rappelle une chose que je lui ai dite.

« Mon frère, la vie est de plus en plus dure et chère. Nous sommes issus d’une famille très pauvre et devons œuvrer à ne pas perpétuer la misère. Je ne pourrai pas, par exemple, supporter que mon brillant enfant ne puisse pas aller très haut dans les études, faute de moyens financiers de ses parents. Alors j’ai choisi de ne pas en avoir, ou si je le dois, de n’en avoir pas plus d’un. C’est une ferme décision que j’ai prise en fonction de demain.

Si par contre vous, mes frères, vous en faites à tort et à travers, vous y ferez face vous-mêmes, tant que vous serez vivants. Mais s’il arrivait que l’un de vous décède, personne ne devra s’attendre à ce que j’accepte de porter la lourde charge qu’il aura laissée. Alors, je prie chacun de maitriser ses pulsions sexuelles et de ne pas se créer des charges sous lesquelles il va devoir ployer toute sa vie ensuite. »

Mon frère, qui ne comprenait pas mon discours, se mit à pleurer et à me maudire, disant que je suis égoïste, qu’un jour viendrait où j’aurais besoin d’eux, mes frères, patati patata. J’annihilai ses malédictions, et lui expliquai en vain que faire des enfants est un acte très lourd qu’on ne devra jamais poser à la légère.

Que chacun prenne ses responsabilités.

Celui qui met au monde des enfants s'en occupe lui-même.

Chers amis, je nous invite à réfléchir à ce problème qui m’a toujours préoccupé. Doit-on, au nom de « la solidarité africaine » continuer de mettre au monde des enfants, en espérant que « Dieu qui a créé la bouche saura lui trouver de quoi s’alimenter » ? Pensez-vous qu’il est normal que des gens continuent de procréer alors qu’ils n’ont visiblement pas les moyens d’élever convenablement leurs enfants ?

Quand je vois plein de jeunes cadres soumis à de lourdes charges d’enfants, qu’ils n’ont pas mis au monde, parce que leurs frères ou leurs sœurs ont procréé et n’ont pas les moyens d’élever leurs enfants, alors qu’ils en ont, eux ; quand j’entends ces parents irresponsables se plaindre et les juger de mieux s’occuper de leurs propres enfants que de leurs neveux dont ils ont la contrainte, j’ai la ferme conviction que quelque chose ne tourne pas rond dans nos sociétés. Ou est-ce que je me trompe ?

Dieu nous éclaire et nous donne de voir plus clair dans le subconscient collectif de notre société, et qu’il nous donne la force nécessaire d’oser opérer un changement. (Lire aussi « Pour un monde meilleur, de meilleurs foyers ».)

Amen, ainsi soit-il !

Grégoire SOWADAN

Laetitia et Grégoire SOWADAN partagent avec vous leur expérience de couple heureux.

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